Laurent Cohen : “The Source n’est pas un hôtel, c’est une résidence artistique”
À quelques kilomètres de la médina, sur la route de l’Ourika, The Source Marrakech s’étend sur près de trois hectares de jardins luxuriants. Studio d’enregistrement professionnel, arène de concerts à ciel ouvert, rooftop face à l’Atlas, cinq piscines, espace bien-être… Le lieu ne ressemble à aucun autre à Marrakech.
À l’origine, pourtant, The Source n’était pas pensé comme un hôtel. Son fondateur, Laurent Cohen, ancien financier installé entre Genève et Dubaï pendant plus de vingt-cinq ans, rêvait simplement d’une maison familiale au Maroc.
Après un premier article publié sur Epicurisme Mag , Yanis Bargoin l’a rencontré pour Monsieur Madame afin de revenir sur son parcours, sa passion pour la musique et l’évolution artistique du lieu.

Laurent, pourquoi avoir choisi Marrakech ?
Mon père est marocain, ma famille est originaire de Fès. Dans les années 60, toute la famille a quitté le pays. Il ne restait plus un Cohen au Maroc.
Pour moi, revenir ici, c’était garder le lien avec mes ancêtres, avec cette culture. Le Maroc est un pays qui a toujours su accueillir toutes les communautés. Il y a une histoire, un héritage.
Au départ, je voulais simplement créer une maison de famille, un endroit pour réunir mes proches et mes amis. Je venais de la finance, je n’avais jamais fait d’hôtellerie. The Source devait être une résidence privée.

Comment passe-t-on de la finance à un lieu artistique ?
J’ai passé vingt-cinq ans dans la finance, entre Genève et une dizaine d’années à Dubaï. Private banking, gestion de fortune… Rien à voir avec l’hôtellerie.
La construction a pris cinq ans. Au début, je faisais des allers-retours. Puis j’ai décidé d’arrêter mes autres activités pour me consacrer entièrement au projet.
Je me suis dit : si je veux aller au bout de mon idée, il faut que je m’y engage totalement. J’ai toujours été inspiré par Bob Marley et cette phrase : “Turn your dreams into reality.” C’est exactement ce que j’ai fait.

La musique est au cœur de The Source. D’où vient cette passion ?
Je suis né en 1965. À 13 ans, je vivais à Dakar et j’écoutais déjà Bob Marley. Ensuite il y a eu Pink Floyd, Jimi Hendrix, Queen…
Plus tard, Ben Harper est devenu une référence absolue pour moi. Il incarne cette fusion entre rock, blues et spiritualité. J’ai même rêvé de créer un lieu où je pourrais l’accueillir.
La musique ne m’a jamais quitté. C’est naturel qu’elle soit devenue l’ADN de The Source.

Parlez-nous de l’Arena et du studio.
L’Arena est venue après. En avançant dans la construction, je me suis rendu compte qu’il manquait un espace pour les concerts. Aujourd’hui, c’est une scène à ciel ouvert unique à Marrakech.
Lors de l’Oasis Festival en 2017, nous avons accueilli Nicolas Jaar, Solomun, Jeff Mills… Cela a mis The Source sur la carte internationale de l’électro.
Mais je ne voulais pas être catalogué uniquement électro. On fait aussi du live, du jazz, du blues, des sessions acoustiques. Je tiens à la diversité.
Le studio, lui, permet d’accueillir des artistes en résidence. Des labels internationaux sont venus travailler ici. Aujourd’hui, je développe aussi mon propre label et une structure de production pour accompagner des projets musicaux et organiser des événements à l’extérieur.

Pourquoi avoir intégré retraites et bien-être ?
L’équilibre est essentiel. On ne peut pas être en permanence dans la fête ou la production.
Le yoga, la méditation, le sport permettent de se recentrer. C’est aussi une logique économique : alterner week-ends festifs et retraites permet de préserver l’exclusivité du lieu.
Je ne voulais pas d’un endroit qui “tourne” tous les week-ends sans âme. Je voulais créer des moments inscrits dans l’histoire des gens.

Pourquoi avoir choisi de vous éloigner du centre-ville ?
J’ai envisagé un riad en médina, mais je me sentais à l’étroit. Ici, on respire. Il fait plus frais. Le bruit, c’est nous qui décidons de le créer.
L’extérieur est beldi, intégré dans la nature. À l’intérieur, c’est plus rock’n’roll. Ce contraste me ressemble.

Quels sont les futurs projets de The Source ?
Après dix ans d’exploitation, je veux revenir à l’essence du projet : une résidence artistique.
Développer le label, produire des compilations, créer des week-ends thématiques, structurer une société de production événementielle…
Je veux une communauté plus ciblée, plus en phase avec notre ADN. On n’est pas un hôtel “chambre pure”. On est un lieu d’expérience.

Avec le recul, que représente The Source pour vous ?
Je n’avais pas l’ambition d’en faire un pôle d’attraction international. Aujourd’hui, je reçois des demandes du monde entier.
Ma famille n’est pas toujours ici, mais j’en ai trouvé une autre : les artistes, les musiciens, les mélomanes.
Ce qui me touche le plus, ce sont les retours des gens. L’émotion qu’ils ont vécue ici. La gratitude.
C’est ça, finalement, The Source
Informations utiles The Source Marrakech
Route de l’Ourika, km 10
40000 Marrakech, Maroc
Site officiel : https://thesourcemarrakech.com/fr/
Article complémentaire sur Epicurisme Mag